React2Shell : la faille critique de 2025 sur les React Server Components (CVE‑2025‑55182)

Introduction : une RCE « CVSS 10 » au cœur de React Server Components

Fin 2025, l’écosystème React a été secoué par la découverte d’une vulnérabilité critique surnommée React2Shell, identifiée sous le code CVE‑2025‑55182 (avec un identifiant associé CVE‑2025‑66478 pour Next.js).

Il s’agit d’une faille permettant une exécution de code à distance non authentifiée (RCE) sur les serveurs utilisant les React Server Components (RSC), dont fait partie par défaut le routeur App de Next.js. Ce bug, noté CVSS 10.0 (le score maximal de gravité) a été qualifié de « pire scénario » pour le web moderne par de nombreux experts tant son exploitation est facile et son impact potentiellement désastreux. Dévoilée fin novembre 2025 au React Team par Lachlan Davidson (via disclosure responsable), la vulnérabilité a été rendue publique le 3 décembre 2025 en même temps que des correctifs d’urgence publiés par Meta (React) et Vercel (Next.js).

En quelques phrases, React2Shell constitue l’une des failles de sécurité les plus graves jamais rencontrées dans l’écosystème React/Next.js. Elle permet à un attaquant d’obtenir un contrôle complet du serveur ciblé en envoyant une simple requête malveillante – sans aucune authentification préalable. Même les applications n’exposant pas explicitement de fonctions serveurs sont vulnérables si les RSC sont activés, ce qui est le cas par défaut dès lors qu’on utilise Next.js avec l’App Router. Nous allons détailler ici la nature de cette faille, pourquoi elle est si critique, quelles versions sont affectées, comment elle a été exploitée dans la nature, et bien sûr les mesures pour s’en prémunir.

Origine technique de la vulnérabilité (React Server Components & protocole Flight)

React2Shell trouve son origine dans un défaut de sécurité du protocole de communication React Flight, utilisé par les React Server Components pour l’échange de données entre le client et le serveur. Plus précisément, la faille provient d’un processus de désérialisation non sécurisé au niveau du serveur – en d’autres termes, React ne valide pas correctement certains payloads reçus du client via ce protocole RSC, ce qui ouvre la voie à une exécution de code arbitraire lors de la reconstruction de ces données côté serveur.

Pour comprendre simplement : les React Server Components (RSC) permettent de générer une partie de l’interface utilisateur directement sur le serveur (Node.js ou Edge), et d’envoyer au client un arbre de composants sérialisé plutôt que du HTML statique. Le protocole Flight transporte ces données sérialisées du serveur vers le client (et vice-versa pour les appels de fonctions serveur). Le bug React2Shell vient du fait que le serveur fait confiance à tort aux données reçues : un attaquant peut forger une charge (payload) malveillante qui, une fois désérialisée par le mécanisme interne de React, va être interprétée comme du code à exécuter. En injectant des structures inattendues (notamment en abusant du chaînage des prototypes JavaScript ou d’autres failles logiques), l’attaquant parvient à faire exécuter ses propres instructions au serveur Node.js dans le contexte de l’application React.

Un aspect particulièrement dangereux est que cette attaque ne nécessite aucune authentification : toute instance Next.js/React exposant des RSC (généralement via un endpoint interne comme /_rsc ou les API des Server Actions) peut potentiellement être ciblée directement via HTTP. L’attaquant n’a pas besoin de disposer d’un compte ou de privilèges sur l’application. Une seule requête HTTP POST spécialement construite suffit à déclencher la suite d’événements conduisant à la compromission du serveur. En outre, aucune erreur de configuration ni de code de la part du développeur n’est requise : la vulnérabilité réside dans le comportement par défaut du framework. Par exemple, une application Next.js standard créée avec create-next-app (App Router activé) en production est vulnérable tel quel, même si le développeur n’a écrit aucune fonction serveur spécifique.

En résumé, React2Shell est le résultat d’un enchaînement malheureux dans l’implémentation des RSC : un désérialiseur trop permissif qui autorise des données non sûres à influencer la logique côté serveur. Cette faille logique permet à un utilisateur malintentionné de faire exécuter du code arbitraire sur le serveur Node hébergeant l’application, simplement en abusant du protocole RSC/Flight – et ce, sur toute application utilisant React 19 (ou Next.js basé sur React 19) sans correctif.

Gravité et portée : pourquoi cette faille est-elle critique ?

Plusieurs éléments combinés confèrent à React2Shell un niveau de criticité maximum (CVSS 10/10). Voici les principales raisons qui font de cette vulnérabilité un scénario de cauchemar pour les développeurs et équipes Ops :

  • Exploitation sans authentification : la faille est pre-auth, ce qui signifie qu’aucune authentification n’est nécessaire pour l’exploiter. N’importe quel internaute malveillant pouvant envoyer une requête HTTP à l’application vulnérable peut tenter de l’exploiter, ce qui élargit considérablement la surface d’attaque.
  • Une seule requête pour compromission complète : l’attaque ne requiert qu’un unique appel HTTP spécialement formé pour déclencher l’exécution de code arbitraire sur le serveur. Pas de chaîne complexe d’étapes ou d’exploitation multi-phase : la simplicité du vecteur d’attaque rend son automatisation triviale et sa détection plus difficile.
  • Applications vulnérables par défaut : Cette RCE affecte les configurations par défaut de React 19+ et de frameworks comme Next.js 15/16 utilisant les RSC. Il n’est pas nécessaire d’avoir ajouté ou exposé explicitement des server functions dans son code : si l’application supporte les RSC (ce qui est le cas par défaut du App Router de Next.js), elle est vulnérable d’office. En d’autres termes, même sans code spécifique de votre part, votre projet peut présenter la faille si les versions de React/Next.js déployées sont touchées.
  • Large adoption et impact systémique : React est l’une des bibliothèques JavaScript les plus utilisées au monde, et Next.js un framework très répandu pour les applications web modernes. Une vulnérabilité sur ces composants affecte potentiellement des centaines de milliers d’applications web de tous types (sites e-commerce, services SaaS, applications d’entreprise, etc.). Au moment de l’annonce, 39% des environnements cloud scannés par Wiz contenaient des instances potentiellement vulnérables (React ou Next.js non patchés). L’adoption massive de ces outils signifie que l’exploitation de React2Shell peut avoir une portée mondiale, y compris sur des services critiques.
  • Puissance de l’accès obtenu : une fois exploitée, la faille offre un contrôle total de l’environnement serveur à l’attaquant. Celui-ci peut exécuter du code arbitraire avec les mêmes permissions que l’application Node.js compromise. Concrètement, cela veut dire accès aux données sensibles (fichiers du serveur, bases de données reliées, variables d’environnement contenant des secrets, etc.), possibilité d’installer des backdoors ou malware sur la machine, de modifier le comportement du site pour piéger les utilisateurs, voire de pivoter plus loin dans le réseau de l’entreprise cible. Parmi les scénarios envisagés figurent : le vol de données et de secrets (clés API, identifiants), la persistance furtive (implantation de webshells, création de comptes administrateurs cachés, ajout de clés SSH dans authorized_keys), le mouvement latéral vers d’autres systèmes internes, et même le déploiement de ransomwares chiffrant les données du serveur. En théorie, si le serveur n’est pas correctement isolé ou durci, l’attaquant pourrait prendre le contrôle du système d’exploitation lui-même. Des rapports ont indiqué des attaquants activant le login root sur des machines Linux compromises pour renforcer leur emprise. Cela dépend de la configuration (dans l’idéal, un serveur Node.js tourne avec un compte non privilégié), mais le risque d’une compromission complète de l’hôte est bien réel dans certains cas.
  • Disponibilité d’exploits publics et automatisation : Très rapidement après l’annonce de la faille, des codes d’exploitation (Proof of Concept) ont été publiés en open-source. Cette disponibilité d’exploits fiables (avec un taux de succès proche de 100% d’après les chercheurs), combinée à la facilité d’utilisation (simple requête HTTP), a conduit à une exploitation automatisée à grande échelle. Des réseaux de robots malveillants ont pu scanner Internet à la recherche de serveurs Next.js/React vulnérables afin de les compromettre en masse, sans ciblage particulier. Le fait que la faille puisse être exploitée de façon opportuniste et automatique augmente encore son niveau de gravité.

En somme, React2Shell cumule tous les ingrédients d’une faille critique : exposition large, exploitation aisée (voire triviale), absence de barrières de sécurité en amont, et impact post-compromission extrêmement sévère. Il n’est donc pas surprenant que la communauté infosec l’ait immédiatement classée parmi les vulnérabilités les plus sérieuses de la décennie dans le domaine du développement web.

Vulnérabilité exploitée dans la nature : attaques et campagne malveillantes en cours

Dès les premiers jours suivant la divulgation de React2Shell, des signes d’exploitation active de la faille dans la nature ont été observés. Les chercheurs en sécurité et les grands fournisseurs cloud ont rapidement sonné l’alarme : il ne s’est écoulé que 48 heures entre la publication du correctif et les premières attaques détectées.

Par exemple, la société Wiz a rapporté que dès le 5 décembre 2025 à 04h00 UTC, son système de veille enregistrait les premières tentatives automatisées d’exploitation émanant d’une multitude d’adresses IP (au moins 95 IP distinctes identifiées). De son côté, Microsoft a confirmé avoir détecté des activités liées à CVE-2025-55182 dès le 5 décembre également, avec plusieurs dizaines de serveurs compromis à travers différentes organisations. Autrement dit, à peine le correctif sorti, des attaquants se sont rués sur l’occasion pour cibler les systèmes qui n’étaient pas encore patchés.

Plusieurs campagnes d’attaque distinctes ont été documentées :

  • Crypto-minage et attaques opportunistes : un grand nombre d’attaquants peu sophistiqués ont utilisé la faille pour déployer des mineurs de cryptomonnaie (tel que XMRig) sur les serveurs vulnérables. L’objectif est de détourner la puissance de calcul des machines compromises pour miner de la cryptomonnaie au profit des hackers. Ces attaques, relativement bruyantes (hausse de la charge CPU notable), ont souvent pour but un gain financier facile. Microsoft et d’autres ont noté que la majorité des charges utiles post-exploitation en décembre 2025 étaient des mineurs ou des droppers de malwares basiques, cherchant à s’exécuter en mémoire et à se propager.
  • Vol de données et mouvements latéraux : des groupes plus avancés ont exploité React2Shell pour voler des informations sensibles. Par exemple, Wiz a vu des attaquants utiliser l’accès serveur pour aspirer les variables d’environnement (contenant souvent des clés API, tokens cloud, credentials DB) et même interroger les services de métadonnées cloud (AWS, GCP, Azure) afin d’obtenir des jetons d’identités liés à l’infrastructure. Avec ces clés, les attaquants peuvent ensuite se déplacer latéralement sur l’infrastructure de la victime, compromettant potentiellement d’autres services ou comptes reliés. Des outils de scan de secrets comme TruffleHog et GitLeaks ont été déposés sur certains serveurs compromis pour extraire un maximum de secrets stockés localement.
  • Installations de portes dérobées persistantes : dans plusieurs cas, une fois un accès initial obtenu via React2Shell, les acteurs malveillants ont cherché à maintenir un accès permanent au serveur. Microsoft signale par exemple des attaques où, après avoir obtenu un shell, le pirate a ajouté un nouvel utilisateur administrateur sur la machine, ou a injecté sa clé SSH dans le fichier ~/.ssh/authorized_keys afin de pouvoir se reconnecter ultérieurement à distance. D’autres ont utilisé des outils de type RAT (Remote Access Trojan), comme VShell ou des implants personnalisés, pour garder le contrôle de la machine de façon furtive. Certains ont même activé des services légitimes détournés (ex : un agent de supervision tel que MeshAgent) pour se camoufler dans le trafic normal.
  • Groupes APT et cyberespionnage : preuve de la gravité de React2Shell, des groupes hackers liés à des États s’en sont emparés très rapidement. Deux groupes affiliés à la Chine, surnommés Earth Lamia et Jackpot Panda, ont commencé à exploiter la faille début décembre contre des cibles variées (secteur financier, logistique, éducation, administrations, etc.), d’après un rapport d’Amazon AWS. Leur objectif semblait orienté vers l’espionnage et la collecte de données, en toute persistance. Quelques jours plus tard, des activités attribuées à la Corée du Nord ont également été repérées sur des serveurs Next.js non patchés. Un rapport de la société Sysdig a révélé qu’un groupe nord-coréen a déployé via React2Shell un malware de persistance inédit baptisé EtherRAT, particulièrement sophistiqué. Ce dernier combinait cinq mécanismes différents pour survivre sur les machines Linux infectées et utilisait une technique originale de commande & contrôle via la blockchain Ethereum (en dissimulant ses instructions dans des contrats intelligents). EtherRAT téléchargeait même sa propre version du runtime Node.js depuis nodejs.org pour exécuter certaines charges utiles, montrant le niveau d’ingéniosité déployé. L’usage de React2Shell par des acteurs aussi pointus indique qu’ils considéraient cette faille comme un vecteur d’attaque de premier choix pour infiltrer durablement des cibles stratégiques.
  • Reconnaissance et préparation d’attaque automatisée : Des scanners spécialisés ont vu le jour (open-source sur GitHub) pour aider les administrateurs à détecter React2Shell sur leurs systèmes – mais ces mêmes outils ou techniques ont pu être employés par des attaquants pour trouver des cibles. Par exemple, GreyNoise, service de veille des menaces, a observé des balayages réseau à grande échelle cherchant des endpoints RSC vulnérables peu après l’annonce. De même, des signatures de détection ont été publiées (CERT-FR, CISA, etc. ont émis des alertes dédiées), et les éditeurs de solutions de sécurité (WAF, EDR) ont mis à jour leurs produits pour tenter d’identifier les exploits de cette faille.

En l’espace de deux semaines en décembre 2025, au moins plusieurs milliers de serveurs à travers le monde ont été compromis via React2Shell selon Microsoft. L’ampleur de l’exploitation et la diversité des attaquants (du script-kiddie opportuniste aux unités cyber de pays adverses) soulignent à quel point il était crucial de réagir immédiatement. Les autorités (tels le CISA américain) ont intégré CVE-2025-55182 à leur catalogue des vulnérabilités activement exploitées, exhortant les organisations à appliquer les correctifs sans délai. Malheureusement, comme souvent, des systèmes non mis à jour ont continué à être infectés dans les semaines suivantes, servant de tremplin à des activités malveillantes variées.

Logiciels et versions affectés par React2Shell

Cette vulnérabilité réside dans le module React Server (paquets de type react-server-dom-**) introduit avec React 19, et impacte donc principalement les applications fonctionnant avec React v19.0.0 à v19.2.0. Plus précisément, les packages npm suivants sont vulnérables en versions 19.0.0, 19.1.0, 19.1.1 et 19.2.0 :

  • react-server-dom-webpack (versions 19.0.0 à 19.2.0)
  • react-server-dom-parcel (versions 19.0.0 à 19.2.0)
  • react-server-dom-turbopack (versions 19.0.0 à 19.2.0)

Ces packages forment la couche de sérialisation/désérialisation des RSC (selon le bundler utilisé : Webpack, Parcel ou Turbopack). Toute application utilisant React 19 avec les RSC actives et l’un de ces modules non patchés est vulnérable. 

À noter : même si votre code React n’appelle pas directement de fonctions serveur, si votre framework en embarque le support, vous êtes concerné.

En conséquence, plusieurs frameworks et outils populaires basés sur React sont touchés, car ils intègrent ou dépendent de ces packages vulnérables :

  • Next.js – le framework full-stack React maintenu par Vercel est lourdement concerné car à partir de Next.js 13 (App Router) et surtout dans les versions 15.x et 16.x, React est embarqué avec support des RSC. Toutes les versions Next.js 15.0.0 à 15.5.6 ainsi que 16.0.0 à 16.0.6 (versions initiales avant correctifs) sont vulnérables. De plus, certaines préversions (canary) de la fin de Next 14 l’étaient aussi (par ex. 14.3.0-canary.77). En pratique, toute application Next.js 15 ou 16 non mise à jour est exposée. Les applications Next.js utilisant l’ancien Pages Router (exclusivement client) ne sont pas affectées, ni celles restées en React 18 ou versions antérieures de Next (13.x/14.x stable).
  • React Router (RSC) – la bibliothèque de routage propose depuis peu des APIs expérimentales pour supporter les RSC. Les projets utilisant React Router avec ces fonctionnalités (ex : via react-router@^6.14 expérimental) utilisent en interne react-server-dom-** et sont donc potentiellement vulnérables tant qu’ils n’ont pas mis à jour React en version corrigée.
  • Waku – ce framework/bundler inspiré de Next.js (open source par Vercel) intègre également React 19 et les RSC, et est listé parmi les outils affectés.
  • Plugins RSC pour bundlers – des plugins comme @parcel/rsc (pour Parcel) ou @vitejs/plugin-rsc (pour Vite) sont eux-mêmes concernés. Tout projet utilisant ces plugins avec React 19.0-19.2.0 hérite de la vulnérabilité.
  • RedwoodJS SDK – Le SDK Redwood, utilisé dans le framework RedwoodJS, embarquait aussi React 19 et a nécessité un patch (rwsdk).

En résumé, React 19 est au cœur du problème. C’est la raison pour laquelle deux identifiants CVE ont été publiés initialement : l’un pour React lui-même (CVE-2025-55182), l’autre pour Next.js (CVE-2025-66478). Next.js ayant intégré React directement dans son code (dépendance vendored), de nombreux scanners de vulnérabilités risquaient de ne pas détecter la faille via le CVE React seul ; un CVE dédié Next.js a donc été créé pour alerter explicitement les utilisateurs de Next. Cependant, CVE-2025-66478 est en réalité un doublon pointant sur la même faille – il a d’ailleurs été marqué comme tel (rejeté) lorsque la fusion a été faite dans la base NVD. Concrètement, cela signifie que corriger CVE-2025-55182 corrige du même coup CVE-2025-66478, et vice versa, les deux identifiants renvoyant au même correctif de React. On peut donc retenir que React2Shell = CVE-2025-55182, y compris pour Next.js et l’écosystème associé.

Correctifs disponibles et recommandations de sécurité

Heureusement, dès l’annonce publique le 3 décembre 2025, des correctifs ont été mis à disposition pour éliminer la vulnérabilité React2Shell. Les équipes de Meta et Vercel avaient préparé des patchs coordonnés, qu’il est impératif d’appliquer à tous les projets concernés.

Côté React : des versions corrigées ont été publiées pour les packages RSC vulnérables. Vous devez mettre à niveau vers React versions 19.0.119.1.2 ou 19.2.1 (ou supérieure si disponible). Ces versions intègrent un renforcement du mécanisme de désérialisation du protocole Flight, empêchant l’injection de structures malveillantes. En mettant à jour React (ainsi que react-dom si nécessaire) à ces versions, vous corrigez la faille à la source. Dans la plupart des cas, cependant, on ne gère pas directement ces paquets ; on passe par un framework.

Côté Next.js : plusieurs versions patchées ont été publiées simultanément sur les différentes branches stables prises en charge. Les premières versions sécurisées incluent notamment :

  • Next.js 15.0.5 (pour la série 15.0.x)
  • Next.js 15.1.9 (pour 15.1.x)
  • Next.js 15.2.6 (pour 15.2.x)
  • Next.js 15.3.6 (pour 15.3.x)
  • Next.js 15.4.8 (pour 15.4.x)
  • Next.js 15.5.7 (pour 15.5.x)
  • Next.js 16.0.7 (pour la branche 16.0.x)

Si votre application est sur une de ces versions (ou ultérieure dans la même branche), elle intègre le fix. Il est fortement recommandé de mettre à jour immédiatement vers la dernière version mineure disponible de votre ligne de version. Vercel a également publié des versions canary corrigées pour ceux qui étaient sur les préversions 15.6 ou 16.1. Enfin, pour les projets qui utilisaient Next 14 en version canary (14.3.0-canary.77+), la consigne a été de rétrograder temporairement vers la version stable 14.x la plus récente, le temps que la fonctionnalité RSC y soit corrigée.

Autres frameworks/outils : de manière générale, tout outil listé comme vulnérable (voir section précédente) a publié son propre patch. Par exemple, React Router a conseillé de mettre à jour React et ses packages RSC à la version la plus récente disponible, le plugin Vite RSC a également été patché, etc. Assurez-vous de vérifier les annonces de sécurité de tous les outils que vous utilisez en conjonction avec React 19.

Aucun contournement viable n’existe – la faille est profondément ancrée dans la logique de décodage de React. La seule mitigation est d’appliquer les mises à jour logicielles. Il n’est pas possible, par exemple, de régler un paramètre pour désactiver les RSC et éliminer le risque sans impacter sévèrement le fonctionnement de votre application (et encore, Next.js ne permet pas vraiment de retirer React côté serveur sans tout refondre). Par conséquent, la mise à niveau est impérative et urgente.

Conseils pratiques :

  • Audit de vos versions : identifiez rapidement quelles applications chez vous utilisent React 19 ou Next.js 15/16. En inspectant votre package.json ou votre package-lock.json, recherchez la présence des packages listés plus haut (react-server-dom-*) et leurs versions. Si vous utilisez Next.js, vérifiez également la version de Next déployée. Tout élément dans les plages vulnérables doit être traité en priorité.
  • Priorisez les systèmes exposés : si vous avez de nombreux projets, ciblez en premier ceux qui sont exposés sur Internet (public facing). Ce sont eux qui risquent d’être scannés et attaqués en premier lieu. Les applications internes non accessibles de l’extérieur présentent un risque moindre (mais non nul si un attaquant a déjà un pied dans votre réseau). En bref, patchez absolument tout, mais commencez par les frontaux web et services critiques.
  • Mise à jour : procédez à la mise à jour selon les instructions fournies par les mainteneurs. Pour React, cela revient généralement à bump la version dans vos dépendances. Pour Next.js, utilisez npm install [email protected] vers la version recommandée pour votre branche (voir liste ci-dessus). Next a également publié un utilitaire npx fix-react2shell-next permettant de scanner et mettre à jour automatiquement un projet Next.js affecté. N’oubliez pas de redéployer/rebuilder votre application après mise à jour pour que les correctifs soient pris en compte en production.
  • Vérifications post-patch : une fois l’application mise à niveau, vous pouvez utiliser des scanners de vulnérabilité ou des outils d’analyse de dépendances pour confirmer que CVE-2025-55182 n’est plus détectée. Par exemple, la plateforme Cyberwatch a intégré la détection de cette faille dès le 3 décembre, Qualys a publié des signatures (QID) dédiées, etc. Vous pouvez aussi consulter le changelog de votre hébergeur (Vercel, Netlify…) qui indiquera peut-être si des mesures temporaires WAF ont été appliquées.
  • Rotation des secrets : si votre application a été en ligne et vulnérable avant d’être patchée (surtout si c’était le cas plusieurs jours après le 4 décembre 2025), supposez qu’elle a pu être compromise. Il est prudent dans ce cas d’entreprendre une rotation des secrets sensibles : régénérez les clés API et tokens utilisés par l’application, changez les mots de passe de comptes privilégiés, invalidez les sessions en cours, etc. Next.js a explicitement conseillé de rotater les variables d’environnement secrètes si l’appli est restée en ligne non corrigée au-delà du 4 décembre. De même, inspectez vos serveurs pour détecter toute trace d’intrusion (processus inconnus, pics de CPU, nouveaux utilisateurs système, tâches planifiées suspectes, connexions réseau vers des hôtes inconnus, clés SSH inconnues etc.). Il vaut mieux si possible effectuer une rotation des serveurs (dédiés, VPS ou autre).
  • Surveillance accrue : maintenez une veille sur les vulnérabilités des frameworks que vous utilisez. Cette histoire souligne l’importance de suivre les annonces de sécurité officielles (blogs React, Next.js, mailing lists, RSS des CVE, etc.). La rapidité d’application des patches est cruciale pour devancer les attaquants dans ce genre de situation. Mettez en place des processus d’update réguliers, et si possible des tests d’intégration pour valider rapidement vos applications sur de nouvelles versions de dépendances, afin de faciliter les montées de version en urgence.

Conclusion : retenir les leçons de React2Shell

La faille React2Shell (CVE-2025-55182) restera comme un cas d’école d’une vulnérabilité critique touchant un écosystème majeur. Elle a mis en lumière les risques inhérents aux nouvelles fonctionnalités côté serveur intégrées aux frameworks front-end, et la nécessité d’une collaboration rapide entre chercheurs en sécurité et mainteneurs de projets open-source pour diffuser les correctifs. Grâce à une mobilisation générale (annonce coordonnée, correctifs en un temps record, relais par les CERTs et plateformes cloud appliquant des mitigations temporaires), le pire a pu être évité pour de nombreux projets – mais ceux qui n’ont pas réagi à temps ont pu subir des dommages importants.

En tant que développeurs ou responsables d’applications, cette histoire nous rappelle l’importance de maintenir nos dépendances à jour et d’être prêts à réagir vite en cas d’alerte. Il est également crucial de comprendre les mécanismes internes de nos frameworks (ici, les React Server Components) afin de mieux appréhender les surfaces d’attaque potentielles. Pour approfondir vos connaissances à la fois sur React et Next.js – leurs fonctionnements internes, leurs capacités serveur, et les bonnes pratiques pour des applications robustes –, nous vous invitons à découvrir les formations dédiées sur Dyma. Nos cours complets Next.js et React vous permettront de maîtriser ces technologies et d’aborder sereinement tant leurs fonctionnalités innovantes que les enjeux de sécurité qui les entourent. En restant informés et formés, nous pourrons bâtir des applications toujours plus fiables et résilientes face aux menaces émergentes.